La Course du Château 2007
Théorie de la relativité d’un echec
Cette course a commencé bien plus tôt que le 3 juin au matin. Un faux mouvement de bassin me bloque la hanche droite et provoque un hématome qui s’est fait discret sur le retour de Reims, vendredi soir, pour devenir franchement envahissant le samedi matin. La crainte de ne pas pouvoir courir le lendemain s’installe. Direction la pharmacie… « écoutez mon bon monsieur, la douleur n’a pas d’origine identifiée, on ne peut rien vous donner comme çà…, une cure de Nurofen et en verra par la suite. » Mouais, rien de bien rassurant... De fait en fin de journée il n’en est rien.
Soulagé, par cette douleur qui a fini par jouer les filles de l’air, j’en viens à me poser la question de la gravité réelle de la situation. Etait-ce si grâce si je n’avais pas pu courir cette course. Pourquoi j’me prends autant la tête. Après tout, où est l’enjeux ? En fait, je crois n’avoir pas le coffre pour réaliser mon objectif. Ma VMA s’est certes améliorée, mais je ne fais durant ces dernières semaines que trop peu de seuil.
Me voilà donc, ce dimanche matin au point de RDV avec d'autres membres du clan des tortues du forum (courseapied.net): Rodie, Chmat et Steph, un collègue de Rodie. Nous avons tous le sourire aux lèvres, content du temps, puis finalement pas, car il commence à faire vraiment chaud. Sur le chemin de l’échauffement, nous perdons Chmat qui est parti plus tôt. Se situant dans le sas de départ pour les dossards noirs, nous ne nous reverrons qu’après la course et un peu pendant d’ailleurs. Dans notre sas, la pression monte… enfin en ce qui me concerne. Vais-je pouvoir tenir ? Steph, entend partir assez rapidement sur le premier kilomètre (4’00). Je ne me sens pas du tout de le suivre. Rodie partage mon avis et avisons de partir un peu en dedans sur les premiers kilos. Autour de nous, çà discute à tout va et les mecs ont l’air bien affûtés… Va pas falloir se laisser entraîner. Et toujours cette sacro sainte question qui trotte dans ma tête, vais-je pouvoir tenir ?
Top, départ… nous avions prévu de nous faufiler par la droite, tactique immédiatement suivie par Rodie, je lui emboîte le pas. Steph lui a du faire la même chose, mais on ne le reverra qu’à l’arrivée. Il avait prévu de partir vite, chose faite. Je continue pour ma part de suivre Rodie, en slalomant sur le coté… les jambes tournent bien, pas de problème particulier, le cœur monte tout doucement sur ces premiers hectomètre, rien d’anormal.
kilomètre 1 : 4’21
Bien, je pensais partir plus en 4’30 mais ce n’est pas plus mal, je fais essayer de maintenir ce tempo sans accélérer. Mais Rodie lui commence à imprimer le rythme, 5 puis 10 mètres nous séparent. Me pose alors une question, j’accélère progressivement pour le rattraper ou je laisse couler… Ni l’un ni l’autre, mon cardio est à 93% (vitesse de croisière), je décide de ne pas bouger et de faire ma course, tant pis c’est pas encore sur cette course que je pourrai accompagner Rodie
5eme Kilo : 21’58
Au niveau de l’allure, rien à dire… Au niveau du cœur c’est un peu limite, j’oscille entre 93% et 94% depuis le kilomètre 2. Fô savoir que ma limite, d’expérience, est fixée à 94%, aller au-delà, c’est faire 500 mètres et s’arrêter. Je souffle, je me relâche pour faire redescendre le cœur à 92-93%. Sauf que pendant ce temps, Rodie s’en va. Çà fait 4 kilomètres que je fais l’accordéon derrière lui. Une distance de 10 à 15 mètres maximum nous séparent. Nous tournons a peu près à 4’26 de moyenne. C’est un peu en dessous de ce que j’avais prévu mais là, mon cœur est à 94%. Je ne veux surtout pas aller plus vite au risque d’exploser et puis je commence à avoir vraiment chaud. Il est bien venu ce ravito. J’embarque une bouteille et improvise une douche avec puis avale quelques gorgées… Je prends mon temps en me disant qu’il va falloir continuer comme çà, sans prendre de risque, faire une seconde partie de course à l’identique et finir en 44’, proche de mon records perso. Oublions les 43’, ce ne sera pas pour aujourd’hui…
Bilan de ce kilomètre de répit : 4’30 au kilomètre 6
Pas trop perdu de temps que je me dis. Allez fini la récup, on revient tout doucement vers les 4’20, mon rythme de croisière. Mouais, sauf que je suis toujours à 94% mais là, je ne maîtrise plus rien du tout. Je cogite, je cherche à allonger la foulée, à caler mon souffle pour accélérer progressivement, surtout pas d’à-coups. Peines perdu, je sens que je cale ; le pire sans éprouver une énorme fatigue ou être complètement essoufflé, non je n’avance plus c’est tout…. Là je me répète la même rengaine, le seuil mon gars, le seuil… ya pas de secret !
Peu avant le 8ème kilo, je sais que les 44’ ne sont plus d’actualité… je cours au cardio et me stabilise à 93%... je sais qu’à ce niveau, ya pas de soucis. Non le souci viendrait plutôt d’un étonnant manque de hargne, j’ai baissé les bras. Mon objectif était de finir dans la 43eme minute et la je vais péniblement passer la ligne en 45’ voire 46’ si ma vitesse continue de dégringoler. J’arrive pas à ma battre, à tout donner.
En pleine réflexion sur le comment finir cette course, je vois Chmat, que j’avais croisé quelques kilomètres plus tôt, qui me passe et me dépose… « vas-y Mathieu » que je lance. Limite en spectateur d’ailleurs, Eh mais tu cours aussi non, j’envisage un instant de le suivre… à quoi bon ? De toute façon je suis loin de mon objectif alors maintenant on va finir comme çà…
Çà dépasse de partout, comme pour Chmat, je ne tente même pas d’accrocher telle ou telle foulée… non j’suis dans ma bulle et commence même à profiter du paysage.
Moi qui, sur le dernier kilo, ais pris l’habitude de finir au carton et même au sprint sur les 100m qui précèdent la ligne, là je fais coucou aux personnes qui nous encouragent, çà tourne à droite, voilà le château je le regarde on me disant que le calvaire prend fin dans 300, 200 mètres, qu’importe… je cherche ma femme du regard dans le publique, posté le long de la ligne d’arrivée à l’intérieur du château, je déroule le tapis rouge. Çà m’a intérieurement bien fait sourire d’ailleurs, et fini en regardant l’horloge chronométrique sur la droite.
Verdict : 45’29 (temps réel)
Mouais, je récupère tranquillement sur le coté et vais regarder ceux qui arrivent tout en essayant déjà de m’expliquer ce qui s’est passé. Je suis en nage certes, mais je ne me sens pas plus fatigué que çà… et là, la frustration commence… j’ai l’impression ne pas m’être assez livré, de ne pas m’être donné à fond. Pourtant, j’étais bloqué à une allure sans pouvoir changer de rapport… une vraie sensation d’impuissance…
De retour au vestiaire, je croise Chmat. Nous échangeons nos avis. Au fil de la discussion, je viens de prendre conscience que la chaleur m’a vraiment joué un tour et qu’il fallait peut-être relativiser ma contre performance.
Avec le recul, et en écrivant ce CR, j’arrive à situer mes trois principales erreurs :
1- Un 10 Kilo, reste un 10 kilo et çà se respecte… c’est une course asses difficile
2- Quand il fait chaud, on oublie l’objectif visé et en court vraiment en dedans.
3- C’est bien de travailler la VMA, encore fô t-il pouvoir l’exploiter dans toutes ses plages et donc de plus travailler le seuil
4- J’me suis trop pris le chou avec cette course et me suis mis la pression tout seul. Je suis retombé dans mes travers d’ex-sprinteur. J’en ai oublié le principal : run easy comme y disent chez Reebok… après tout, ya pas d’enjeux et ces 43’ je les ferai quand ils viendront… merci la palisse
C’est quand même curieux, cette histoire. Aujourd’hui je fais 45’29 et je suis déçu alors qu’au début de l’année, j’aurais volontiers signé pour un 45’59 à réaliser en automne selon ma petite progression… menfin, allez cet été çà va être au feeling… on va laisser le chrono de coté.
Prochaine course : l’Ekiden de Choisy le Roi, avec la Turtle Team !
And remember, run easy !