Marathon de Paris 2009 : Un bâptème dans la douleur
A l’heure où j’écris ces lignes, je suis plein d’amertume. Je m’en veux énormément, cette colère est à la hauteur de ma déception. Je devrais relativiser, mais je ne peux pas… Ce premier marathon a été un échec cuisant.
Alors que s’est-il passé ?
Au matin, j’avais arrêté ma stratégie, entre 4’40 et 4’45 au kilo… de quoi finir dans les 3h20.
Cela fait 15 jours que je n’ai pas de jus, je suis en méforme totale… à cela est venu s’ajouter une bonne crève… je suis fatigué… malgré l’annulation de plusieurs séances, çà ne va pas.
Avec 1h30 au semi, je pensais pouvoir partir sereinement pour 3h15. Compte tenu de mon état de forme, je décidais de prendre de la marge et donc viser les 3h20, voire 3h25 en cas de coup de pompe…

Hum, quand j’y repense, ce que j’ai pu être bête… Là encore, j’ai joué la politique de l’autruche, je n’ai pas voulu croire que mon analyse était complètement fausse… 5mn de marge… pas assez… et puis il y avait trop de signes annonciateurs…
Rien ne se sera déroulé comme prévu durant tout le week-end, du retrait du dossard aux RDV CLM et ITB faits dans la précipitation, sans réels plaisirs… à l’entrée dans le sas à la bourre…

Sous l’Arc de Triomphe, j’annonce mes prétentions, des mines sceptiques… j’avais déjà des doutes, mais là encore plus. Je ne veux toujours pas voir la réalité en face, je vais droit au mur…
Dans le SAS jaune, il règne un silence qui me fait froid dans le dos… tout le monde semble bien concentré sur l’objectif, je ne me sens pas à ma place. Je jette un œil furtif derrière, vers le SAS bleu… j’ai l’impression d’être un imposteur.
Je ne gamberge pas très longtemps, le départ est donné seulement 8mn après mon entrée dans le SAS. Je garde en tête les consignes, ne pas se laisser gagner par l’euphorie. Je contrôle mon rythme. 12,8km/h : le tempo à suivre, surtout ne pas s’enflammer.
KM 5 : 23’32
A mes cotés, les meneurs d’allure à 3h15… j’ai un instant de panique, je suis parti trop vite. Je consulte régulièrement mon chrono et lape à chaque kilo : 4’41 ; 4’43 ; 4’42… ah non, ce sont bien les meneurs qui sont parti lentement. Malgré ma régularité, le doute s’installe de plus en plus, les jambes tournent, mais je n’ai aucunes sensations… mon moment de fraîcheur vient à Bastille où je croise famille et amis. Une bouffée d’oxygène.

KM 10 : 47’18
Çà ne va pas mieux, les meneurs à 3h15 sont partis, grand bien leur fasse, je ne comptais pas les suivre de toute façon. Les jambes tournent toujours, mais je prends conscience qu’un calvaire m’attend… reste à savoir quand ? Avant de rentrer sur Vincennes, je croise une amie, Véronique, elle m’encourage, me demande comment je vais. Je lui réponds par la positive… je me voyais mal lui dire que je ne me sentais pas bien du tout… mais je continue, je ne suis pas essoufflé, au niveau cardiaque çà va.
KM 15 : 1h10’52
Puiff, seulement 15 bornes ? J’en ai déjà plein les pattes… focus sur ma foulée, je suis concentré sur mon temps au kilo. Je suis toujours régulier. J’oscille entre 4’42 et 4’45. Je ne suis pas au mieux et sais que ce n’est pas normal. Mais je m’accroche à l’idée que je cours en dedans et qu’en restant caler à ce rythme, çà devrait passer… crétin va !
KM 21,1 : 1h39’51
Ah, la mi-course, je suis presque heureux d’être encore en vie. L’ambiance est très chaude, beaucoup de spectateurs, çà booste, je cherche Véronique des yeux, ne la trouve pas… première déception. Savoir qu’un proche vous attend dans quelques kilomètres, moralement çà aide à tenir. 3km plus tôt, j’ai croisé Bruno… ses encouragements m’ont fait du bien. Le prénom sur le dossard aide car le public vous encouragement spontanément, mais ce n’est pas la même chose… les jambes tournent toujours, le cœur suit bien, mais je me demande comment je vais faire pour renouveler un semi à la même allure… qu’importe, je continue… j’entre en terre inconnue. Je n’ai jamais fais plus de 21,1km en compétition et là, je ne suis pas frais…
KM 25 : 1h58’29
Bastille, je retrouve famille et amis. Ma femme, ma sœur, mes amis courent à mes cotés. Je suis surpris, c’est très émouvant. Çà me booste, ils sont essoufflés au bout de 300M, je leur adresse un dernier signe et repars, les veines pleines d’adrénaline. Ce sera mon dernier moment de plaisir, un bref passage euphorique si lourd de conséquences..
On plonge sur les quais et là, d’un seul coup, d’un seul… j’ai un coup de moins bien… çà y est, il va falloir que je me rentre dedans, va falloir serrer les dents, si tôt déjà…
KM 30 : 2h24’00
Ola, c’est les quais qui leur donne des ailes ??? autour de moi, çà double, çà double. Fouilla, ils se sont tous passé le mot, pourquoi ils accélèrent comme çà ? Coup d’œil sur le chrono, ah non… c’est moi qui ralenti… allez mon gars, c’est pas le moment… je relance, on reste dans l’allure, faut tenir… alors je tiens, je tiens, jusqu’au Km 28.
Là, une première balle siffle, me frôle l’ischio droit….violent début de crampe. Je ralenti, supplie mon corps de me laisser courir. Je clopine pendant 500 mètres et çà passe… mais ma vitesse a chuté. Je veux relancer, mais voilà la remonté du tunnel, j’attends. A son sommet, impossible de relancer, je suis en 5’10 au kilo… dans ma tête, je me pose mille questions.
Je relance progressivement, m’encourage… sur le bas coté, j’aperçois Norbert… je file le voir. Un visage connu, on se tape dans la main. Je lui fais part de mes difficultés « serre les dents, lâches pas ! »
Ok, direction le 30ème kilomètre… j’ai repris mon allure, en vain… Pan… deuxième balle… je suis planté sur la ligne droite, je n’arrive plus à allonger. Ma foulée se rétrécie… j’ai les jambes de bois… pourquoi cette sensation, d’un seul coup ? c’est le coté psychologique du Km 30 !?
Km 35 : 2h53’33
Depuis l’entrée sur les quais, mon genou gauche s’est rappelé à mon bon souvenir… il me lance, je fais mine de ne pas l’entendre, mais il su resté patient… et a eu gain de cause… j’ai mal aux cuisses et maintenant, à chaque foulée, mon genou tremble, grince, je sens l’impact remonter le long de ma jambe… je souffre, j’ai mal… En passant sous l’arche du Km 30, je m’encourage, Allez, plus que 12km… reste stable à 12km/h… dans 1 heure, c’est terminé…. J’y crois encore… A ce moment là, je suis convaincu de pouvoir finir en moins de 3h30. Mais ma vitesse décroît progressivement. J’ai mis une éternité à rejoindre le Km 33. Là, je suis à 10km/h, tout juste.
J’ai mal, mon genou…, j’ai mal… je continue.
J’arrive enfin au ravito du 35ème kilomètre, tel une oasis plantée au milieu du désert, je fonce (si on peut dire çà) vers les bouteilles d’eaux. Sans trop comprendre comment, je suis à l’arrête. Je voulais continuer de courir en prenant le ravito (à la volé) mais non, incrédule, je dois bien reconnaître que je marche. Je marche, je bois. Allez, on repart… c’est maintenant où c’est la fin… mais mes jambes refusent. J’ai des débuts de crampes aux cuisses, aux mollets…. J’ai mal, mon genou… un regard sur le coté… l’idée de mettre le clignotant me traverse l’esprit. NON, ma famille m’attend à l’entrée du Bois de Boulogne. Je m’élance petit à petit, j’atteins les 9km/h et ne peut aller plus vite, je stabilise… ma seule préoccupation : finir, je me fous du chrono maintenant. A coté de moi : un triathlète, dossard rouge. Il fait le yoyo… marche puis cours, marche puis cours… je crois qu’il y a encore la marque de son visage sur le mur… et le miens ?
KM 40 : arrghgh, on s’en fout du chrono…
A peine après avoir repris une pseudo allure de course, j’entends un troupeau arriver… les ballons bleus… Km 36, j’aperçois ma sœur, ils me cherchent. Je leur avait donné comme consigne de ne plus m’attendre si les ballons bleus seraient déjà passer sans que moi, je ne sois passé. Direction le nouvel rdv… les ballons bleus ??? Ils m’ont déposé je les ai regardé partir, me traitant de tous les noms… crétin va !
J’appel ma sœur, elle se retourne, voit mon visage, comprends… puis elle se met à courir à coté de moi, ma femme aussi… Comment dire, ce ne sont pas des sportives, elles ne tiennent pas 500M habituellement, mais là, elles sont à coté de moi, elles me poussent, jusqu’au Km38, à l’entrée du bois de Boulogne. J’en pleure, j’ai mal, je ne peux pas les suivre, je suis à 8km/h…. Ma femme me dit qu’elle m’attend au retour du bois. Je l’aime. J’ai tenu les 2 bornes autour du lac en pensant à elle…
Le bois de Boulogne ?
Une longue escapade solitaire où je me relance à chaque foulée… je ne pense qu’au prochain kilomètre, collé à la ligne bleue, le regard vissé au sol… je titube presque...

Comme pour m’achever, PAN… une troisième balle… genou atteint, grosse douleur au ménisque…je manque de tomber… je cri de douleur, autour de moi, on m’encourage, mais je suis seul… je m’encourage, j’ai mal… j’en peux plus…. Une table de gatorate… je saute dessus, grave erreur. La Réaction : un point de coté qui me plis en deux… je ne peux plus respirer, je marche… mes crampes reviennent… Je pense à ma femme, je repars tout doucement….
Je la rejoins enfin… elle m’accompagne jusqu’au Km 41…. Et là, que du bonheur. Je visualise l’arrivée, je sais que ç’est fini. Le rond point de porte dauphine, l’arrivée, je me traîne… plus que 200M, saloperie de Reine Victoria… Je passe la ligne, arrête mon chrono et craque sur la ligne…. 3h44’15… dont 1h20 de souffrance…
Voilà, je l’ai bouclé ce marathon… je suis content d’avoir fini, mais j’ai envie de me cacher… vite qu’on ne me voit pas, je me sens nul… presque honteux. Je retrouve famille et amis qui me félicitent… pour la première fois, je crois que je vais conserver ma médaille de course. Je l’ai bien mérité.
J’ai appris beaucoup sur moi-même, sur mon entourage, sur ma femme… je suis passé par toutes les émotions : le doute, la peur, la confiance, le doute, l’euphorie, le doute, la douleur, la souffrance, les larmes, la souffrance, le soulagement…
Je vais maintenant me prendre beaucoup de repos et analyser à froid ce qui n’a pas fonctionné, c'est-à-dire a peu près tout !
Mais bon, j’ai commencé à courir pour faire ce marathon. Je l’ai fais, l’ai terminé… Avec un léger recul, si j’avais couru en 2007, il y a fort à parier que je n’aurai jamais vu la ligne d’arrivée.
J’ai pris une belle claque… je saurai m’en souvenir.