Foulées de Vincennes 2009 : A 30 secondes près...
Ce 10km revêt pour moi un caractère spécial. Pas particulier non, le bon terme est bien « spécial ».
En effet, si pour certains il ne se passe strictement rien sur 10 petits kilomètres (çà passe trop vite, je vois pas ce qu’il y a à en dire…), pour moi cette distance reste toujours délicate. Il n’y a pas si longtemps de cela, et à l’instar du titre du livre de Bruno Heubi, faire 10km était pour moi « courir longtemps ».
Et il ne me faut pas grand-chose pour garder les pieds sur terre. Mes souvenirs, je les revis en empruntant la doloreane qui me permet de faire un bon 3 ans en arrière, où en décembre 2005 je parvenais pour la première fois depuis fort, fort longtemps, à courir plus d’1h.
Ce n’est qu’en mars 2006 que j’atteins et dépasse la distance des 10km (sensation grisante sur le moment). Mais il me faudra attendre mai 2006 pour que je puisse boucler ce circuit de 10km avant que la grande aiguille de l’horloge ne fasse un tour complet, moment d’euphorie indescriptible. A l’époque, plus lourd de 20kg, je m’étais mis à 2 à 3 sorties par semaine contre 1 le dimanche, le petit jogging dominical... Tout cela parce que je m’étais mis en tête de : moi aussi courir le marathon (mais çà, c’est une autre histoire et j’espère y revenir plus tard).
Après moult documentation, j’ai opté pour les petits plans aux ognons trouvés sur Atlhé-Endurance. Quand je repense au premier test VMA que j’ai fais (2km courus à bloc en 9’36), j’en ai un large sourire. Les sorties régulières ont porté leurs fruits puisqu’en juin de la même année, sous une pluie d’été, je termine mon parcours fétiche, toujours de 10km (en fait, 2 boucles de 5km) en 55’34 et à un peu plus de 12km/h sur les 3 dernières bornes, s’il vous plait !
Nous sommes en septembre 2006, me vient alors, l’idée saugrenue de m’inscrire pour mon premier 10km en compétition (10km de la fête de l’Humanité). Bah quoi, après tout, faut bien le préparer ce marathon… Sur la ligne de départ, j’ai la pétoche… avec mon temps de tortue, c’est certain, je vais finir bon dernier. Autour de moi, je vois des lianes, des gazelles, toutes bien équipées et prêtes à en découdre. Je me fais tout petit et m’élance encore tout surpris de dépasser… « tiens, finalement il y a plus lent que moi ». Au bout de 53 minutes de souffrance, la délivrance… 15 jours plus tard, j’abaisserai ma perf à 50’35… les progrès m’encouragent à persévérer.
En pleine préparation du semi marathon de Paris, je me retrouve en février 2007 à Vincennes, pour ma première participation aux Foulées. La foule est dense, mais moins impressionnante qu’aux 20km de Paris. J’ai en tête de faire 47’… mes dernières séances m’avaient conforté en ce sens. A ma grande surprise et malgré un départ en surrégime, je vais au bout de moi-même et passe la ligne en 45’39. Sur un nuage le krylin… ma progression prendra fin à l’Humarathon où j’en avais terminé en 44’14.
16 mois plus tard et de retour après de vilaines blessures, ma carapace s’est quelque peu allégée, mes entraînements mieux structurées, mon temps de référence amélioré : 42’34
Fin du voyage historique. Aujourd’hui il faut bien l’avouer je n’ai plus de carapace. L’entraînement avec Tortue Génial a été long et dur cet hiver, mais l’heure est venue de rentrer dans le tournoi et il me faudra montrer les cros, sinon la victoire ne sera pas pour moi.
Oui, je parle de victoire. Une victoire sur moi-même, sur mon objectif, celui que je me suis fixé : descendre sous les 40’
2 mois que j’y travaille, 2 mois que j’y crois… chacune de mes séances ont été réalisées dans le but de cet objectif. Travail de foulée, de relâchement, de respiration, accepter la douleur lors des séances de VMA ou d’allure spécifique. L’accepter, puis l’oublier. Travailler le mental, visualiser l’objectif… laisser place aux sensations et intégrer les bienfaits d’une base solide pour entamer enfin, la préparation de MON marathon.
Alors aujourd’hui, j’ai étudié de près le parcours, va falloir coller au plus près de la ligne idéale. Çà va se jouer à la seconde près. 39’59 m’ira très bien, 40’01 un peu moins. Donc, on ne laisse rien au hasard, après tout, il a mieux à faire. Ma vitesse spécifique, c’est 15,3km/h (3’55 au kilo). Mais dame prudence (C18 pour ceux qui suivent) me conseille plutôt de partir un chouille en dessous… donc se sera 15,1km/h… soit 3’58 au kilo.
Finalement, il va me falloir me rentrer dedans pendant un bon bout de temps, bref « courir longtemps ».
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Et bien voilà, nous y sommes !
10 semaines de travail et pourtant j’ai l’impression de ne pas être prêt.
Vendredi, la dernière séance m’a apporté plus de questions que de réponses. Le petit passage de rappel d’allure a été chaotique. Si je n’ai pas eu à me rentrer dedans, je n’étais pas dans le tempo… 4 à 5 secondes de trop… bref, je n’ai aucune certitude quant à l’issue de cette course..
Bon, l’aspect positif, c’est que j’ai quand même eu un bon feeling, alors on verra…
- Objectif n°1 : améliorer ma meilleure perf => 42’34
- Objectif n°2 : terminer à tout le moins, dans la 40ème minute
- Objectif n°3 : descendre sous le seuil des 40’
JOUR « J »
Arrivée sur place, je suis enthousiaste, je piaffe d’impatience, bref heureux d’être là. L’ambiance est déjà présente, mon regard se porte çà et là… la ligne de départ est encore vide… après tout, nous ne sommes qu’à 1h15 du départ. Coté météo, un avis de grand froid était annoncé, mais ce fut un beau dimanche ensoleillé où les 5° se sont fait timides. Après avoir récupéré mon dossard, je croise Oliv’ qui est déjà concentré sur sa course. Moi, je décompresse dans le petit local exigu qui fait office de vestiaire. Ce faisant, je m’en vais rejoindre le point de rdv fixé pour les CLM, mais aussi pour l’ITB, les deux communautés que j’affectionne…
J’y retrouve, entre autre, Oliv’ avec qui je partage l’échauffement. 10mn pendant lesquelles nous échangeons sur nos objectifs, notre tactique, notre état de forme. De retour sur la ligne de départ, je réussi à me faufiler non loin des premières places. Finalement, il n’y a pas embouteillage et ce même à 5mn du coup de feu. A mes cotés, Norbert, un collègue de travail qui vient tout juste de signé 59’ sur 15km… il se propose de m’accompagner sur les 5 premiers kilos puis de me servir de lièvre pour accélérer si le cœur m’en dit. Là, il faudrait plutôt dire, « si le cœur m’en laisse l’envie ». Sur cette course, je croiserai de nombreuses connaissances de cap, et çà c’est un vrai bonheur. C’est aussi pour cela que j’adore l’ambiance des courses et son aspect convivial.
« Pan », le coup de feu me sort de ma rêvasserie et tout de suite je m’élance, premier objectif : réussir à faire mon chemin, éviter les bouchons du départ, bien négocier ce premier virage à gauche.
Km1 : 3’58 [2 secondes d’avance]
Départ on ne peut plus correct, pile poile dans l’allure. Ni trop lent, ni trop vite, conforme à ma tactique du jour. Pas ou peu d’embouteillage, j’arrive à trouver ma place…
Km3 : 11’58 [2 secondes d’avance]
Toujours en confiance, j’ai trouvé le tempo qui me convient. Il m’a fallu tout de même relancé après un Km2 fait en 4’04. Je suis calé dans la foulée de Norbert, devant Stefan, un ami de Rodie qui vise aussi les 39’ s’éloigne déjà… Ce n’est pas la première fois que je le croise sur une course. Il a l’habitude de partir vite, stratégie jusqu’içi toujours payante pour lui, mais je n’ai pas sa caisse et puis je suis dans les temps, donc pas de panique.
Km5 : 19’58 [2 secondes d’avance]
Toujours régulier, j’oscille entre 4’02 et 3’58…. Jusqu’ici tout va bien. J’avais pour objectif de passer entre 19’50 et 20’ sur le premier tour, juger de mon état de fatigue et soit accélérer, soit rester à la même allure pour allumer sur le dernier kilo. Norbert, me demande mon option. Ce sera la numéro 2 (grave erreur mon ami). Mon lièvre s’en va irrémédiablement, il finira en 39’02. Qu’importe me dis-je, si je reste en 3’58 çà va le faire…
Km7 : 28’09 [9 secondes de retard]
Le trou noir ? non, avec le recul, je pense que je me suis laissé piégé dans un faux rythme, un rythme de confort en 4’04. Attentiste et inquiet des kilomètres restants, j’ai volontairement abandonné l’idée de me faire mal, et de tenter le tout pour le tout. En fait, sur le moment, je pensais qu’en temporisant, je préserverai l’énergie nécessaire pour me relancer sur les 3 derniers kilos. Il n’en a rien été.
Km9 : 36’18 [18 secondes de retard]
Malgré un bon faux plat descendant, je n’arrive pas à changer d’allure. Je suis coincé sur le 4ème rapport…. Impossible d’envoyer… pourtant cardiaquement, je suis loin d’être au taqué… mais rien n’y fait… j’avoue mon incompréhension… un coup d’œil au chrono… bon au revoir les 39’
Km10 : 3’54
Là encore, on passant sous la dernière borne, je sais que je peux claquer un 3’45… mais les jambes ne répondent pas… petite frustration, le turbo semble enraillé… finalement c’est à seulement 400M de la ligne que la délivrance arrive, et je la doit à un concurrent qui m’a doublé par la droite… un point de fixation idéal… je chope sa foulée et là tout devient facile. Il accélère, j’accélère. Il allonge, j’allonge également… dernier virage à droite, je prends l’aspiration et là, je termine les poings sérrés… devant mon point de fixation (le monsieur en rouge là...).
Mon chrono ? : 40’29 [temps réel*]

Bizarrement, je suis tout sourire. J’ai fais une bonne course, pleine de maîtrise et sans aucun regret. D’accord, je n’ai pas atteint l’objectif, mon temps est supérieur de 30 secondes à celui escompté… mais ce n’est pas bien grave. Après tout, je viens de mettre une claque de 2mn à mon précédent record et surtout, j’ai passé un bon moment. En témoigne les congratulations juste après la ligne franchie avec Ronald, Oliv’ et Norbert…
Ce n’est qu’avec un peu de recul que j’analyse froidement ma course. C’est bien entre les Km 5 et 9 que je me suis laissé endormir… une bonne leçon pour l’avenir : un 10km n’est pas une course de confort.
Et l’avenir, j’y suis déjà tourné… y parait que j’ai un marathon à faire… et la prépa commence dès mardi.
* le temps réel intègre les 17 secondes de décalage subis (60m supplémentaires) par rapport à la ligne idéale tracée par les mesureurs officiels. Mes temps au kilo sont ceux du Garmin, donc avec une distance réelle parcourue (position GPS).

Bref rappel historique :
- 19 juin 2006 : 55’34 (parcours d’entraînement au Parc de La Courneuve, 2 boucles de 5km)
- 17 septembre 2006 : 53’02 (10km de la Fête de l’Humanité)
- 01 octobre 2006 : 50’35 (Foulées du Luxembourg)
- 04 février 2007 : 45’39 (Foulées de Vincennes)
- 01 avril 2007 : 44’14 (Humarathon d’Ivry)
Blessé au genou de juillet 2007 à février 2008
- 21 septembre 2008 : 42’34 (Foulées de Coudreaux)
- 8 février 2009 : 40’29 (Foulées de Vincennes)